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  1. TOME XXXIII
  2. DE L’ IMPRIMERIE DE A. FIRMIN DIDOT,
  3. OEUVRES
  4. DE
  5. VOLTAIRE
  6. PRÉFACES, AVERTISSEMENTS, NOTES, ETC.
  7. PAR M. BEUCHOT.
  8. TOME XXXIII.
  9. ROMANS. TOME I.
  10. A PARIS,
  11. CHEZ LEFÈVRE, LIBRAIRE,
  12. MDCCCXXIX.
  13. CANDIDE,
  14. OU L’OPTIMISME
  15. Préface de l’Éditeur
  16. BEUCHOT.
  17. CANDIDE,
  18. L’OPTIMISME,
  19. TRADUIT DE L’ALLEMAND
  20. DE M. LE DOCTEUR RALPH,
  21. AVEC LES ADDITIONS
  22. QU’ON A TROUVÉES DANS LA POCHE DU DOCTEUR, LORSQU’IL MOURUT
  23. À MINDEN, L’AN DE GRÂCE 1759
  24. CHAPITRE I. Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé d’icelui.
  25. CHAPITRE II Ce que devint Candide parmi les Bulgares.
  26. CHAPITRE III. Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint.
  27. CHAPITRE IV. Comment Candide rencontra son ancien maître de philosophie, le docteur Pangloss, et ce qui en advint.
  28. CHAPITRE V. Tempête, naufrage, tremblement de terre, et ce qui advint du docteur Pangloss, de Candide, et de l’anabaptiste Jacques.
  29. CHAPITRE VI. Comment on fit un bel auto-da-fé pour empêcher les tremblements de terre, et comment Candide fut fessé.
  30. CHAPITRE VII Comment une vieille prit soin de Candide, et comment il retrouva ce qu’il aimait.
  31. CHAPITRE VIII. Histoire de Cunégonde.
  32. CHAPITRE IX. Ce qui advint de Cunégonde, de Candide, du grand-inquisiteur, et d’un Juif.
  33. CHAPITRE X. Dans quelle détresse Candide, Cunégonde, et la vieille, arrivent à Cadix, et leur embarquement.
  34. CHAPITRE XI. Histoire de la vieille.
  35. CHAPITRE XII. Suite des malheurs de la vieille.
  36. CHAPITRE XIII. Comment Candide fut obligé de se séparer de la belle Cunégonde et de la vieille.
  37. CHAPITRE XIV. Comment Candide et Cacambo furent reçus chez les jésuites du Paraguai.
  38. CHAPITRE XV. Comment Candide tua le frère de sa chère Cunégonde.
  39. CHAPITRE XVI. Ce qui advint aux deux voyageurs avec deux filles, deux singes, et les sauvages nommés Oreillons.
  40. CHAPITRE XVII. Arrivée de Candide et de son valet au pays d’Eldorado, et ce qu’ils y virent.
  41. CHAPITRE XVIII Ce qu’ils virent dans le pays d’Eldorado[1].
  42. CHAPITRE XIX. Ce qui leur arriva à Surinam, et comment Candide fit connaissance avec Martin.
  43. CHAPITRE XX. Ce qui arriva sur mer à Candide et à Martin.
  44. CHAPITRE XXI. Candide et Martin approchent des côtes de France, et raisonnent.
  45. CHAPITRE XXII[1]. Ce qui arriva en France à Candide et à Martin.
  46. CHAPITRE XXIII. Candide et Martin vont sur les côtes d’Angleterre; ce qu’ils y voient.
  47. CHAPITRE XXIV. De Paquette, et de frère Giroflée.
  48. CHAPITRE XXV. Visite chez le seigneur Pococurante, noble vénitien.
  49. CHAPITRE XXVI. D’un souper que Candide et Martin firent avec six étrangers, et qui ils étaient.
  50. CHAPITRE XXVII. Voyage de Candide à Constantinople.
  51. CHAPITRE XXVIII. Ce qui arriva à Candide, à Cunégonde, à Pangloss, à Martin, etc.
  52. CHAPITRE XXIX. Comment Candide retrouva Cunégonde et la vieille.
  53. CHAPITRE XXX. Conclusion.
  54. FIN DE CANDIDE.
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Candide, ou l'Optimisme

Voltaire

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TOME XXXIII
DE L’ IMPRIMERIE DE A. FIRMIN DIDOT,

RUE JACOB, Nº 24.

OEUVRES

DE
VOLTAIRE
PRÉFACES, AVERTISSEMENTS, NOTES, ETC.
PAR M. BEUCHOT.
TOME XXXIII.
ROMANS. TOME I.
A PARIS,
CHEZ LEFÈVRE, LIBRAIRE,

RUE DE L’ÉPERON, Kº 6. WERDET ET LEQUIEN FILS,

RUE DU BATTOIR, Nº 20.

MDCCCXXIX.

CANDIDE,

OU L’OPTIMISME

Préface de l’Éditeur
CHAPITRE I. Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé d’icelui.
CHAPITRE II Ce que devint Candide parmi les Bulgares.
CHAPITRE III. Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint.
CHAPITRE IV. Comment Candide rencontra son ancien maître de philosophie, le docteur Pangloss, et ce qui en advint.
CHAPITRE V. Tempête, naufrage, tremblement de terre, et ce qui advint du docteur Pangloss, de Candide, et de l’anabaptiste Jacques.
CHAPITRE VI. Comment on fit un bel auto-da-fé pour empêcher les tremblements de terre, et comment Candide fut fessé.
CHAPITRE VII Comment une vieille prit soin de Candide, et comment il retrouva ce qu’il aimait.
CHAPITRE VIII. Histoire de Cunégonde.
CHAPITRE IX. Ce qui advint de Cunégonde, de Candide, du grand-inquisiteur, et d’un Juif.
CHAPITRE X. Dans quelle détresse Candide, Cunégonde, et la vieille, arrivent à Cadix, et leur embarquement.
CHAPITRE XI. Histoire de la vieille.
CHAPITRE XII. Suite des malheurs de la vieille.
CHAPITRE XIII. Comment Candide fut obligé de se séparer de la belle Cunégonde et de la vieille.
CHAPITRE XIV. Comment Candide et Cacambo furent reçus chez les jésuites du Paraguai.
CHAPITRE XV. Comment Candide tua le frère de sa chère Cunégonde.
CHAPITRE XVI. Ce qui advint aux deux voyageurs avec deux filles, deux singes, et les sauvages nommés Oreillons.
CHAPITRE XVII. Arrivée de Candide et de son valet au pays d’Eldorado, et ce qu’ils y virent.
CHAPITRE XVIII Ce qu’ils virent dans le pays d’Eldorado[1].
CHAPITRE XIX. Ce qui leur arriva à Surinam, et comment Candide fit connaissance avec Martin.
CHAPITRE XX. Ce qui arriva sur mer à Candide et à Martin.
CHAPITRE XXI. Candide et Martin approchent des côtes de France, et raisonnent.
CHAPITRE XXII[1]. Ce qui arriva en France à Candide et à Martin.
CHAPITRE XXIII. Candide et Martin vont sur les côtes d’Angleterre; ce qu’ils y voient.
CHAPITRE XXIV. De Paquette, et de frère Giroflée.
CHAPITRE XXV. Visite chez le seigneur Pococurante, noble vénitien.
CHAPITRE XXVI. D’un souper que Candide et Martin firent avec six étrangers, et qui ils étaient.
CHAPITRE XXVII. Voyage de Candide à Constantinople.
CHAPITRE XXVIII. Ce qui arriva à Candide, à Cunégonde, à Pangloss, à Martin, etc.
CHAPITRE XXIX. Comment Candide retrouva Cunégonde et la vieille.
CHAPITRE XXX. Conclusion.

Préface de l’Éditeur

Candide parut au plus tard en mars 1759. Le roi de Prusse en accuse réception par sa lettre du 28 du mois d’avril.

Voltaire en avait envoyé le manuscrit à la duchesse de La Vallière, qui lui fit répondre qu’il aurait pu se passer d’y mettre tant d’indécences, et qu’un écrivain tel que lui n’avait pas besoin d’avoir recours à cette ressource pour se procurer des lecteurs.

Beaucoup d’autres personnes furent scandalisées de Candide, et Voltaire désavoua cet ouvrage, qu’il appelle lui-même une coïonnerie. Il ne faut pas, au reste, prendre à la lettre son titre d’optimisme. L’optimisme, dit-il ailleurs[1], n’est qu’une fatalité désespérante.

[1] Homélie sur l’athéisme. Voyez les Mélanges, année 1767; et aussi, tome XII, une des notes du troisième Discours sur l’homme.

Voltaire écrivit, sous le nom de Mead, une lettre relative à Candide, qui fut insérée dans le Journal encyclopédique, du 15 juillet 1759: on la trouvera dans les Mélanges, à cette date.

C’est à Thorel de Campigneulles, mort en 1809, qu’on attribue une Seconde partie de Candide, publiée en 1761, et plusieurs fois réimprimée à la suite de l’ouvrage de Voltaire, comme étant de lui. On l’a même admise dans une édition intitulée: Collection complète des Oeuvres de M, de Voltaire, 1764, in-12. L’édition de Candide, 1778, avec des figures dessinées et gravées par Daniel Chodowicky, contient les deux parties.

Le Remercîment de Candide à M. de Voltaire (par Marconnay) est de 1760.

Linguet publia, en 1766, la Cacomonade, histoire politique et morale, traduite de l’allemand, du docteur Pangloss, par le docteur lui-même, depuis son retour de Constantinople, 1766, in-12; nouvelle édition, augmentée d’une lettre du même auteur, 1766, in-12. Un arrêt de la cour royale de Paris, du 16 novembre 1822 (inséré dans le Moniteur du 26 mars 1825), ordonne la destruction de la Canonnade, ou Histoire du Mal de Naples, par Linguet. Ce n’est pas la première fois que les ouvrages condamnés sont mal désignés dans les jugements. L’arrêt de la cour du parlement, du 6 août 1761, ordonne de lacérer et brûler le tome XIII du Commentaire de Salmeron, qui n’a que quatre volumes.

Candide en Danemarck, ou l’Optimisme des honnêtes gens, est d’un auteur qu’on ne connaît pas.

Antoine Bernard et Rosalie, ou le Petit Candide, a paru en 1796, un volume in-i8.

Le Voyage de Candide fils au pays d’Eldorado, vers la fin du dix-huitième siècle, pour servir de suite aux aventures de M. son père, an XI-1803, a deux volumes in-8º.

Le chapitre XXVI de Candide a été imité, en 1815, par Lemontey, dans un article intitulé: Le Carnaval de Vénise. J’ai renoncé à reproduire ce petit morceau, lorsque j’ai vu l’annonce des Oeuvres de Lemonley, où sans doute on le trouvera.

J.-J. Rousseau prétendait[2] que c’est sa Lettre sur la Providence qui a donné naissance à Candide; Candide en est la réponse. Voltaire en avait fait une de deux pages où il bat la campagne, et Candide parut dix mois après.

[2] Lettre de J. J. Rousseau au prince de Wirtemberg, du 11 mars 1764.

Ce que Rousseau appelle sa Lettre sur la Providence, est sa lettre à Voltaire du 18 août 1756; la réponse de Voltaire est du 21 septembre 1766; Candide ne vit le jour que vingt-sept à vingt-neuf mois plus tard.

———

Les notes sans signature, et qui sont indiquées par des lettres, sont de Voltaire.

Les notes signées d’un K sont des éditeurs de Kehl, MM. Condorcet et Decroix. Il est impossible de faire rigoureusement la part de chacun.

Les additions que j’ai faites aux notes de Voltaire ou aux notes des éditeurs de Kehl, en sont séparées par un—, et sont, comme mes notes, signées de l’initiale de mon nom.

BEUCHOT.

4 octobre 1829.

CANDIDE,

ou

L’OPTIMISME,
TRADUIT DE L’ALLEMAND
DE M. LE DOCTEUR RALPH,
AVEC LES ADDITIONS
QU’ON A TROUVÉES DANS LA POCHE DU DOCTEUR, LORSQU’IL MOURUT
À MINDEN, L’AN DE GRÂCE 1759

1759

CHAPITRE I.
Comment Candide fut élevé dans un beau château, et comment il fut chassé d’icelui.

Il y avait en Vestphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la soeur de monsieur le baron et d’un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps.

Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée d’une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin; ses palefreniers étaient ses piqueurs; le vicaire du village était son grand-aumônier. Ils l’appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il fesait des contes.

Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s’attirait par là une très grande considération, et fesait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son père. Le précepteur Pangloss[1] était l’oracle de la maison, et le petit Candide écoutait ses leçons avec toute la bonne foi de son âge et de son caractère.

[1] De pan, tout, et glossa, langue. B.

Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux, et madame la meilleure des baronnes possibles.

Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement; car tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes; aussi avons-nous des lunettes[2]. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées et pour en faire des châteaux; aussi monseigneur a un très beau château: le plus grand baron de la province doit être le mieux logé; et les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l’année: par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise; il fallait dire que tout est au mieux.

[2] Voyez tome XXVII, page 528; et dans les Mélanges, année 1738, le chapitre XI de la troisième partie des Éléments de la philosophie de Newton; et année 1768, le chapitre X des Singularités de la nature. B.

Candide écoutait attentivement, et croyait innocemment; car il trouvait mademoiselle Cunégonde extrêmement belle, quoiqu’il ne prît jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu’après le bonheur d’être né baron de Thunder-ten-tronckh, le second degré de bonheur était d’être mademoiselle Cunégonde; le troisième, de la voir tous les jours; et le quatrième, d’entendre maître Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par conséquent de toute la terre.

Un jour Cunégonde, en se promenant auprès du château, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. Comme mademoiselle Cunégonde avait beaucoup de disposition pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expériences réitérées dont elle fut témoin; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s’en retourna tout agitée, toute pensive, toute remplie du désir d’être savante, songeant qu’elle pourrait bien être la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi être la sienne.

Elle rencontra Candide en revenant au château, et rougit: Candide rougit aussi. Elle lui dit bonjour d’une voix entrecoupée; et Candide lui parla sans savoir ce qu’il disait. Le lendemain, après le dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent; Cunégonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa; elle lui prit innocemment la main; le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensibilité, une grâce toute particulière; leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s’enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s’égarèrent. M. le baron de Thunder-ten-tronckh passa auprès du paravent, et voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du château à grands coups de pied dans le derrière. Cunégonde s’évanouit: elle fut souffletée par madame la baronne dès qu’elle fut revenue à elle-même; et tout fut consterné dans le plus beau et le plus agréable des châteaux possibles.

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