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contents
  1. Première partie
  2. IQuelques faits, quelques dates
  3. IIdouze années avant.
  4. Douze années avant
  5. IIIun notaire huron.
  6. IVla villa montcalm.
  7. Vl’inconnu.
  8. L’inconnu
  9. VIle saint-laurent.
  10. VIIde québec à montréal.
  11. VIIIun anniversaire.
  12. Un anniversaire
  13. IXmaison-close.
  14. Xla ferme de chipogan.
  15. XIle dernier des sagamores.
  16. XIIle festin.
  17. XIIIcoups de fusils au dessert.
  18. Coups de fusil au dessert
  19. deuxième partie
  20. Ipremières escarmouches
  21. IIsaint-denis et saint-charles.
  22. IIIm. de vaudreuil à maison-close.
  23. IVles huit jours qui suivent.
  24. Vperquisitions.
  25. VImaître nick a walhatta.
  26. VIIle fort de frontenac.
  27. Le fort Frontenac
  28. VIIIjoann et jean.
  29. IXl’île navy.
  30. Xbridget morgaz.
  31. XIexpiation.
  32. Expiation
  33. XIIderniers jours.
  34. XIIInuit du 20 décembre.
  35. XIVdernières phases de l’insurrection.
  36. Dernières phases de l’insurrection
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Famille-sans-nom

Jules Verne

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TABLE
PREMIÈRE PARTIE
I. —
II. —
III. —
IV. —
V. —
VI. —
VII. —
VIII. —
IX. —
X. —
XI. —
XII. —
XIII. —
DEUXIÈME PARTIE
I. —
II. —
III. —
IV. —
V. —
VI. —
VII. —
VIII. —
IX. —
X. —
XI. —
XII. —
XIII. —
XIV. —

Première partie

IQuelques faits, quelques dates

« On plaint ce pauvre genre humain qui s’égorge à propos de quelques arpents de glace », disaient les philosophes à la fin du xviiie siècle — et ce n’est pas ce qu’ils ont dit de mieux, puisqu’il s’agissait du Canada, dont les Français disputaient alors la possession aux soldats de l’Angleterre.

Deux cents ans avant eux, au sujet de ces territoires américains, revendiqués par les rois d’Espagne et de Portugal, François Ier s’était écrié : « Je voudrais bien voir l’article du testament d’Adam, qui leur lègue ce vaste héritage ! » Le roi avait d’autant plus raison d’y prétendre, qu’une partie de ces territoires devait bientôt prendre le nom de Nouvelle-France.

Les Français, il est vrai, n’ont pu conserver cette magnifique colonie américaine ; mais sa population, en grande majorité, n’en est pas moins restée française, et elle se rattache à l’ancienne Gaule par ces liens du sang, cette identité de race, ces instincts naturels, que la politique internationale ne parvient jamais à briser.

En réalité, les « quelques arpents de glace », si dédaigneusement qualifiés, forment un royaume dont la superficie égale celle de l’Europe.

Un Français avait pris possession de ces vastes territoires dès l’année 1534.

C’est au cœur même de cette contrée que Jacques Cartier, originaire de Saint-Malo, poussa sa marche audacieuse, en remontant le cours du fleuve, auquel fut donné le nom de Saint-Laurent. L’année suivante, le hardi Malouin, portant plus avant son exploration vers l’ouest, arriva devant un groupe de cabanes — Canada en langue indienne — d’où est sortie Québec, puis, atteignit cette bourgade d’Hochelaga, d’où est sortie Montréal. Deux siècles plus tard, ces deux cités allaient successivement prendre le titre de capitales, concurremment avec Kingston et Toronto, en attendant que, dans le but de mettre fin à leurs rivalités politiques, la ville d’Ottawa fut déclarée siège du gouvernement de cette colonie américaine, que l’Angleterre appelle actuellement Dominion of Canada.

Quelques faits, quelques dates, suffiront à faire connaître les progrès de cet important état depuis sa fondation jusqu’à la période de 1830 à 1840, pendant laquelle se sont déroulés les événements relatifs à cette histoire.

Sous Henri IV, en 1595, Champlain, un des bons marins de l’époque, revient en Europe après un premier voyage, pendant lequel il a choisi l’emplacement où sera fondée Québec. Il prend part alors à l’expédition de M. de Mons, porteur de lettres patentes pour le commerce exclusif des pelleteries, qui lui accordent le droit de concéder des terres dans le Canada. Champlain, dont le caractère aventureux ne s’accommode guère des choses du négoce, tire de son côté, remonte de nouveau le cours du Saint-Laurent, bâtit Québec en 1606. Depuis deux ans déjà, les Anglais avaient jeté les bases de leur premier établissement d’Amérique sur les rivages de la Virginie. De là, les germes d’une jalousie de nationalité ; et même, dès cette époque, se manifestent les prodromes de cette lutte que l’Angleterre et la France se livreront sur le théâtre du nouveau monde.

Au début, les indigènes sont nécessairement mêlés aux diverses phases de cet antagonisme. Les Algonquins et les Hurons se déclarent pour Champlain contre les Iroquois, qui viennent en aide aux soldats du Royaume-Uni. En 1609, ceux-ci sont battus sur les bords du lac, auquel on a conservé le nom du marin français.

Deux autres voyages — 1613 et 1615 — conduisent Champlain jusque dans les régions presque inconnues de l’ouest, sur les bords du lac Huron. Puis, il quitte l’Amérique et revient une troisième fois au Canada. Enfin, après avoir donné de tête et de bras contre des intrigues de toutes sortes, il reçoit, en 1620, le titre de gouverneur de la Nouvelle-France.

Sous ce nom se crée alors une compagnie, dont la constitution est approuvée par Louis XIII en 1628. Cette compagnie s’engage à faire passer en Canada, dans l’espace de quinze ans, quatre mille Français catholiques. Des quelques vaisseaux expédiés à travers l’Océan, les premiers tombent aux mains des Anglais, qui s’avancent à travers la vallée du Saint-Laurent et somment Champlain de se rendre. Refus de l’intrépide marin, auquel le manque de ressources et de secours impose bientôt une capitulation — honorable d’ailleurs — qui, en 1629, donne Québec aux Anglais. En 1632, Champlain repart de Dieppe avec trois vaisseaux, reprend possession du Canada, restitué à la France par le traité du 13 juillet de la même année, jette les fondements de villes nouvelles, établit le premier collège canadien sous la direction des Jésuites, et meurt le jour de Noël — en 1635 — dans le pays conquis à force de volonté et d’audace.

Pendant quelque temps, des relations commerciales se nouent entre les colons français et les colons de la Nouvelle-Angleterre. Mais les premiers ont à lutter contre les Iroquois, qui sont devenus redoutables par leur nombre, car la population européenne n’est encore que de deux mille cinq cents âmes. Aussi la compagnie, dont les affaires périclitent, s’adresse-t-elle tout d’abord à Colbert, qui envoie le marquis de Tracy à la tête d’une escadre. Les Iroquois repoussés reviennent bientôt à la charge, se sentant soutenus par les Anglais, et un horrible massacre de colons s’accomplit dans le voisinage de Montréal.

Cependant, si, en 1665, la population s’est accrue du double, ainsi que le domaine superficiel de la colonie, il n’y a encore que treize mille Français en Canada, tandis que les Anglais comptent déjà deux cent mille habitants de race saxonne dans la Nouvelle-Angleterre. La guerre recommence. Elle prend pour théâtre cette Acadie, qui forme actuellement la Nouvelle-Écosse, puis, s’étend jusqu’à Québec, d’où les Anglais sont repoussés en 1690. Enfin le traité de Ryswick — 1697 — assure à la France la possession de tous les territoires que la hardiesse de ses découvreurs, le courage de ses enfants, avaient fait siens dans le Nord-Amérique. En même temps, les tribus insoumises, Iroquois, Hurons et autres, se mettent sous la protection française par la convention de Montréal.

En 1703, le marquis de Vaudreuil, fils d’un premier gouverneur de ce nom, est nommé au gouvernement général du Canada, que la neutralité des Iroquois rend plus aisé à défendre contre les agressions des colons de la Grande-Bretagne. La lutte reprend dans les établissements de Terre-Neuve, qui sont anglais, et dans l’Acadie, qui, en 1711, échappe aux mains du marquis de Vaudreuil. Cet abandon va permettre aux forces anglo-américaines de se concentrer pour la conquête du domaine canadien, où les Iroquois, travaillés en dessous, redeviennent douteux. C’est alors que le traité d’Utrecht — 1713 — consomme la perte de l’Acadie, après avoir assuré pour trente ans la paix avec l’Angleterre.

Durant cette période de calme, la colonie fait de réels progrès. Les Français construisent quelques nouveaux forts, afin d’en assurer la possession à leurs descendants. En 1721, la population est de vingt-cinq mille âmes, et de cinquante mille en 1744. On peut croire que les temps difficiles sont passés. Il n’en est rien. Avec la guerre de la succession d’Autriche, l’Angleterre et la France se retrouvent aux prises en Europe, et, par suite, en Amérique. Il y a des alternatives de succès et de revers. Enfin le traité d’Aix-la-Chapelle — 1747 — remet les choses dans l’état où elles étaient au traité d’Utrecht.

Mais, si l’Acadie est désormais possession britannique, elle est demeurée bien française par les tendances générales de sa population. Aussi, le Royaume-Uni provoque-t-il l’immigration anglo-saxonne, afin d’assurer sa prépondérance de race dans les provinces conquises. La France veut en faire autant pour le Canada ; elle y réussit mal, et, sur ces entrefaites, l’occupation des territoires de l’Ohio rejette les rivaux en présence.

C’est alors, devant le fort Duquesne, récemment élevé par les compatriotes du marquis de Vaudreuil, que Washington apparaît à la tête d’une forte colonne anglo-américaine. Franklin ne venait-il pas de déclarer que le Canada ne pouvait appartenir aux Français ? Deux escadres partent d’Europe — l’une de France, l’autre d’Angleterre. Après d’épouvantables massacres, qui ensanglantent l’Acadie et les territoires de l’Ohio, la guerre est officiellement déclarée par la Grande-Bretagne à la date du 18 mai 1756.

En ce même mois, sur une pressante demande de renforts faite par M. de Vaudreuil, le marquis de Montcalm vient prendre le commandement de l’armée régulière du Canada — quatre mille hommes en tout. Le ministre n’avait pu disposer d’un effectif plus considérable, car la guerre d’Amérique n’était pas populaire en France, si elle l’était à un rare degré dans le Royaume-Uni.

Dès le début de la campagne, premiers succès au profit de Montcalm. Prise du fort William-Henry, bâti au sud de ce lac George, qui forme le prolongement du lac Champlain. Défaite des troupes anglo-américaines à la journée de Carillon. Mais, malgré ces brillants faits d’armes, évacuation du fort Duquesne par les Français, et perte du fort Niagara, rendu par une garnison trop faible, que la trahison des Indiens empêche de secourir en temps utile. Enfin, prise de Québec, en septembre 1759, par le général Wolfe à la tête de huit mille hommes de débarquement. Les Français, malgré la bataille qu’ils gagnent à Montmorency, ne peuvent éviter une défaite définitive. Montcalm est tué, Wolfe est tué. Les Anglais sont en partie maîtres des provinces canadiennes.

L’année suivante, une tentative est faite pour reprendre Québec, cette clef du Saint-Laurent. Elle échoue, et, peu de temps après, Montréal est contraint à capituler.

Enfin, le 10 février 1763, un traité intervient. Louis XV renonce à ses prétentions sur l’Acadie au profit de l’Angleterre. Il lui cède en toute propriété le Canada et ses dépendances. La Nouvelle-France n’existe plus que dans le cœur de ses enfants. Mais les Anglais n’ont jamais su s’adjoindre les peuples qu’ils ont soumis ; ils ne savent que les détruire. Or, on ne détruit pas une nationalité, lorsque la majorité des habitants a gardé l’amour de son ancienne patrie et ses aspirations d’autrefois. En vain la Grande-Bretagne organise-t-elle trois gouvernements, Québec, Montréal et Trois-Rivières. En vain veut-elle imposer la loi anglaise aux Canadiens, les astreindre à prêter un serment de fidélité. À la suite d’énergiques réclamations, en 1774, un bill est adopté, qui remet la colonie sous l’empire de la législation française.

D’ailleurs, s’il n’a plus rien à redouter de la France, le Royaume-Uni va se trouver en face des Américains. Ceux-ci, en effet, traversant le lac Champlain, prennent Carillon, les forts Saint-Jean et Frédérik, marchent avec le général Montgomery sur Montréal dont ils s’emparent, puis sur Québec qu’ils ne parviennent pas à prendre d’assaut.

L’année suivante — 4 juillet 1776 — est proclamée la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique.

Vient alors une période lamentable pour les Franco-Canadiens. Les Anglais sont dominés par une crainte : c’est que cette colonie leur échappe en entrant dans la grande fédération et se réfugie sous le pavillon étoilé que les Américains déploient à l’horizon. Mais il n’en fut rien — ce qu’il est permis de regretter dans l’intérêt des vrais patriotes.

En 1791, une nouvelle constitution divise le pays en deux provinces : le haut Canada, à l’ouest, le bas Canada à l’est, avec Québec pour capitale. Chaque province possède un Conseil législatif, nommé par la Couronne, et une chambre d’assemblée, élue pour quatre ans par les francs tenanciers des villes. La population est alors de cent trente-cinq mille habitants, parmi lesquels on n’en compte que quinze mille d’origine anglaise.

Ce que doivent être les aspirations des colons, violentés par la Grande-Bretagne, se résume dans la devise du journal le Canadien, fondé à Québec en 1806 : Nos institutions, notre langue et nos lois. Ils se battent pour conquérir ce triple desideratum, et la paix, signée à Gand, en 1814, termine cette guerre, où les succès et les revers se compensèrent de part et d’autre.

La lutte recommence encore entre les deux races, qui occupent le Canada de façon si inégale. C’est d’abord sur le terrain purement politique qu’elle s’engage. Les députés réformistes, à la suite de leur collègue, l’héroïque Papineau, ne cessent d’attaquer l’autorité de la métropole dans toutes les questions, — questions électorales, questions des terres qui sont concédées dans une proportion énorme aux colons de sang anglais, etc. Les gouverneurs ont beau proroger ou dissoudre la Chambre, rien n’y fait. Les opposants ne se laissent point

Les élections amènent des collisions sérieuses.

décourager un instant. Les royaux — les loyalistes — comme ils s’appellent, ont l’idée d’abroger la constitution de 1791, de réunir le Canada en une seule province, afin de donner plus d’influence à l’élément anglais, de proscrire l’usage de la langue française qui est restée la langue parlementaire et judiciaire. Mais Papineau et ses amis réclament avec une telle énergie que la Couronne renonce à mettre en œuvre ce détestable projet.

Sir John Colborne. Gilbert Argall.

Colonel Gore. Lord Gosford.

Cependant la discussion s’accentue. Les élections amènent des collisions sérieuses. En mai 1831, à Montréal, une émeute éclate, qui coûte la vie à trois patriotes franco-canadiens. Des meetings rassemblent la population des villes et des campagnes. Une active propagande se poursuit à travers toute la province. Enfin un manifeste énumère dans « quatre-vingt-douze résolutions » les griefs de la race canadienne contre la race anglo-saxonne, et demande la mise en accusation du gouverneur général, lord Aylmer. Le manifeste est adopté par la Chambre, malgré l’opposition de quelques réformistes qui le trouvent insuffisant. En 1834, il y a lieu de procéder à de nouvelles élections. Papineau et ses partisans sont réélus. Fidèles aux réclamations de la précédente législature, ils insistent pour la mise en accusation du gouverneur général. Mais la Chambre est prorogée en mars 1835, et le ministère remplace lord Aylmer par le commissaire royal lord Gosford, auquel sont adjoints deux commissaires, chargés d’étudier les causes de l’agitation actuelle. Lord Gosford proteste des dispositions conciliantes de la Couronne envers ses sujets d’outre-mer, sans obtenir que les députés veuillent reconnaître les pouvoirs de la commission d’enquête.

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