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La fabrique de crimes
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Paul Féval (père)
LA FABRIQUE DE CRIMES
(1866) Table des matières
PRÉFACE CHAPITRE PREMIER MESSA — SALI — LINA CHAPITRE II LA MACHINE INFERNALE CHAPITRE III LES JARDINS DE BABYLONE CHAPITRE IV LES PIQUEUSES DE BOTTINES RÉUNIES CHAPITRE V L. D. F. E. V. — I. A. T. V. — D. E. J. — T.! CHAPITRE VI LE PORTEUR D'EAU CHAPITRE VII TRAHISON! CHAPITRE VIII ADULTÈRE, INCESTE ET BIGAMIE CHAPITRE IX LE GRAND CHEF DES ANCAS CHAPITRE X L'EAU QUI CHANGE LES PHYSIONOMIES CHAPITRE XI LA CONDAMNÉE! CHAPITRE XII ATROCE BOUCHERIE CHAPITRE XIII LA POUDRE À DÉVOILER LES TRUCS CHAPITRE XIV CATASTROPHE IMPRÉVUE ÉPILOGUE LE SCARIFICATEUR
PRÉFACE
Voici déjà plusieurs années que les fabricants de crimes ne livrent rien. Depuis que l'on a inventé le naturalisme et le réalisme, le public honnête autant qu'intelligent crève de faim, car, au dire des marchands, la France compte un ou deux millions de consommateurs qui ne veulent plus rien manger, sinon du crime. Or, le théâtre ne donne plus que la gaudriole et l'opérette, abandonnant le mélodrame.
Une réaction était inévitable. Le crime va reprendre la hausse et faire prime. Aussi va-t-on voir des plumes délicates et vraiment françaises fermer leur écritoire élégante pour s'imbiber un peu de sang. La jeune génération va voir refleurir, sous d'autres noms, des usines d'épouvantables forfaits! Pour la conversion radicale des charmants esprits dont nous parlions tout à l'heure, il faut un motif, et ce motif, c'est la hausse du crime. Hausse qui s'est produite si soudain et avec tant d'intensité que l'académie française a dû, tout dernièrement, repousser la bienveillante initiative d'un amateur qui voulait fonder un prix Montyon pour le crime.
Nous aurions pu, imitant de très loin l'immortel père de don Quichotte, railler les goûts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractère national, nous préférons les flatter.
C'est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette oeuvre extraordinaire, qu'on n'ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.
Nous avons rigoureusement établi nos calculs: la concurrence est impossible.
Nous avons fait table rase de tout ce qui embarrasse un livre; l'esprit, l'observation, l'originalité, l'orthographe même; et ne voilà que du crime.
En moyenne, chaque chapitre contiendra, soixante-treize assassinats, exécutés avec soin, les uns frais, les autres ayant eu le temps d'acquérir, par le séjour des victimes à la cave ou dans la saumure, un degré de montant plus propre encore à émoustiller la gaîté des familles.
Les personnes studieuses qui cherchent des procédés peu connus pour détruire ou seulement estropier leurs semblables, trouveront ici cet article en abondance. Sur un travail de centralisation bien entendu, nous avons rassemblé les moyens les plus nouveaux. Soit qu'il s'agisse d'éventrer les petits enfants, d'étouffer les jeunes vierges sans défense, d'empailler les vieilles dames ou de désosser MM. les militaires, nous opérons nous-mêmes.
En un mot, doubler, tripler, centupler la consommation d'assassinats, si nécessaire à la santé de cette fin de siècle décadent, tel est le but que nous nous proposons. Nous eussions bien voulu coller sur toutes les murailles de la capitale une affiche en rapport avec l'estime que nous faisons de nous même; mais notre peu d'aisance s'y oppose et nous en sommes réduits à glisser ici le texte de cette affiche, tel que nous l'avons mûrement rédigé:
Succès, inouï, prodigieux, stupide!
LA FABRIQUE DE CRIMES
AFFREUX ROMAN
Par un assassin
L'Europe attend l'apparition de cette oeuvre extravagante où l'intérêt concentré au delà des bornes de l'épilepsie, incommode et atrophie le lecteur!
Tropmann était un polisson auprès de l'auteur qui exécute des prestiges supérieurs à ceux de
LÉOTARD.
100 feuilletons, à soixante-treize assassinats donnent un total superbe de 7.300 victimes qui appartiennent a la France, comme cela se doit dans un roman national. Afin de ne pas tromper les cinq parties du monde, on reprendra, avec une perte insignifiante, les chapitres qui ne contiendront pas la quantité voulue de Monstruosités coupables, au nombre desquelles, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d'enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente à faux poids, ni même les
ATTENTATS À LA PUDEUR,
ces différents crimes et délits se trouvant semés à pleines mains dans cette oeuvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse, en un mot, CONTRE NATURE,
après laquelle, rien n'étant plus possible, pas même la
Putréfaction avancée, il faudra Tirer l'échelle!!!
CHAPITRE PREMIER MESSA — SALI — LINA
Il était dix heures du soir…
Peut-être dix heures un quart, mais pas plus.
Du côté droit, le ciel était sombre; du côté gauche, on voyait à l'horizon une lueur dont l'origine est un mystère.
Ce n'était pas la lune, la lune est bien connue. Les aurores boréales sont rares dans nos climats, et le Vésuve est situé en d'autres contrées.
Qu'était-ce?…
Trois hommes suivaient en silence le trottoir de la rue de Sévigné et marchaient un à un. C'était des inconnus!
On le voyait à leurs chaussons de lisière et aussi à la précaution qu'ils prenaient d'éviter les sergents de ville.
La rue de Sévigné, centre d'un quartier populeux, ne présentait pas alors, le caractère de propreté qu'elle affecte aujourd'hui; les trottoirs étaient étroits, le pavé inégal; on lui reprochait aussi d'être mal éclairée, et son ruisseau répandait des odeurs particulières, où l'on démêlait aisément le sang et les larmes…
Un fiacre passa. Le Rémouleur imita le sifflement des merles; le Joueur d'orgue et le Cocher échangèrent un signe rapide. C'était Mustapha.
Il prononça quatre mots seulement:
— Ce soir! Silvio Pellico!
Au moment même où la onzième heure sonnait à l'horloge Carnavalet, une femme jeune encore, à la physionomie ravagée, mais pleine de fraîcheur, entr'ouvrit sans bruit sa fenêtre, située au troisième étage de la Maison du Repris de justice. Une méditation austère était répandue sur ses traits, pâlis par la souffrance.
ripristino il tuo punto di lettura…
carico il resto…