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contents
  1. I.Maman Coralie
  2. II.La main droite et la jambe gauche
  3. III.La clef rouillée.
  4. IV.Devant les flammes.
  5. V.Le mari et la femme
  6. VI.Sept heures dix-neuf
  7. VII.Midi vingt-trois
  8. VIII.L’œuvre d’Essarès bey
  9. IX.Patrice et Coralie
  10. X.La cordelette rouge
  11. XI.Vers le gouffre
  12. XII.L’Épouvante
  13. XIII.Les clous du cercueil
  14. XIV.Un étrange individu
  15. XV.La « Belle-Hélène »
  16. XVI.Le quatrième acte
  17. XVII.Siméon livre bataille
  18. XVIII.Le docteur Géradec
  19. XIX.La dernière victime de Siméon
  20. XX.Que la lumière soit !
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Le Triangle d'or

Maurice Leblanc

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Le Journal — Paris

(Roman-feuilleton publié du 20 mai au 26 juillet 1917)

‌

I. —
II. —
III. —
IV. —
V. —
VI. —
VII. —
VIII. —
IX. —
X. —
XI. —
Deuxième Partie — La Victoire d’Arsène Lupin
XII. —
XIII. —
XIV. —
XV. —
XVI. —
XVII. —
XVIII. —
XIX. —
XX. —

‌

I.Maman Coralie

Un peu avant que sonnât la demie de six heures, comme les ombres du soir devenaient plus épaisses, deux soldats atteignirent le petit carrefour, planté d’arbres, que forme, en face du musée Galliera, la rencontre de la rue de Chaillot et de la rue Pierre-Charron.

L’un portait la capote bleu-horizon du fantassin ; l’autre, un Sénégalais, ces vêtement de laine beige, à large culotte et à veston cintré, dont on habille, depuis la guerre, les zouaves et les troupes d’Afrique. L’un n’avait plus qu’une jambe, la gauche ; l’autre, plus qu’un bras, le droit.

Ils firent le tour de l’esplanade, au centre de laquelle se dresse un joli groupe de Silènes, et s’arrêtèrent. Le fantassin jeta sa cigarette. Le Sénégalais la ramassa, en tira vivement quelques bouffées, la pressa, pour l’éteindre, entre le pouce et l’index et la mit dans sa poche.

Tout cela sans un mot.

Presque en même temps, de la rue Galliera, débouchèrent deux autres soldats, dont il eût été impossible de dire à quelle arme ils appartenaient, leur tenue militaire se composant des effets civils les plus disparates. Cependant, l’un arborait la chéchia du zouave, l’autre le képi de l’artilleur. Le premier marchait avec des béquilles, le second avec des cannes.

Ceux-là se tinrent auprès du kiosque qui s’élève au bord du trottoir.

Par les rues Pierre-Charron, Brignoles et de Chaillot, il en vint encore, isolément, trois, un chasseur à pied manchot, un sapeur qui boitait, un marsouin dont une hanche était comme tordue. Ils allèrent droit, chacun vers un arbre, auquel chacun s’appuya.

Entre eux, nulle parole ne fut échangée. Aucun de ces sept mutilés ne semblait connaître ses compagnons et ne semblait s’occuper ni même s’apercevoir de leur présence.

Debout derrière leurs arbres, ou derrière le kiosque, ou derrière le groupe de Silènes, ils ne bougeaient pas. Et les rares passants qui traversaient, en cette soirée du 3 avril 1915, ce carrefour peu fréquenté, que des réverbères encapuchonnés éclairaient à peine, ne s’attardaient pas à noter leurs silhouettes immobiles.

La demie de six heures sonna.

À ce moment, la porte d’une des maisons qui ont vue sur la place s’ouvrit. Un homme sortit de cette maison, referma la porte, franchit la rue de Chaillot et contourna l’esplanade.

C’était un officier, vêtu de kaki. Sous son bonnet de police rouge, orné de trois soutaches d’or, un large bandeau de linge enveloppait sa tête, cachant son front et sa nuque. L’homme était grand et très mince. Sa jambe droite se terminait par un pilon de bois muni d’une rondelle de caoutchouc. Il s’appuyait sur une canne.

Ayant quitté la place, il descendit sur la chaussée de la rue Pierre-Charron. Là, il se retourna et regarda posément, de plusieurs endroits.

Ce minutieux examen le ramena jusqu’à l’un des arbres de l’esplanade. Du bout de sa canne, il toucha doucement un ventre qui dépassait. Le ventre se rentra.

L’officier repartit.

Cette fois, il s’éloigna définitivement par la rue Pierre-Charron vers le centre de Paris. Il gagna ainsi l’avenue des Champs-Élysées, qu’il remonta sur le trottoir de gauche.

Deux cents pas plus loin, il y avait un vaste hôtel, transformé, ainsi que l’annonçait une banderole, en ambulance.

L’officier se posta à quelque distance, de façon à n’être point vu de ceux qui en sortaient, et il attendit.

Les trois quarts, puis sept heures sonnèrent.

Il s’écoula encore quelques minutes.

Cinq personnes s’en allèrent de l’hôtel. Il y en eut encore deux autres. Enfin, une dame apparut au seuil du vestibule, une infirmière vêtue d’un grand manteau bleu que marquait la croix rouge.

— La voici, murmura l’officier.

Elle prit le chemin qu’il avait pris lui-même et gagna la rue Pierre-Charron, qu’elle suivit sur le trottoir de droite, se dirigeant ainsi vers le carrefour de la rue de Chaillot.

Elle avançait légèrement, le pas souple et cadencé. Le vent que heurtait sa course rapide gonflait le long voile bleu qui flottait autour de ses épaules. Malgré l’ampleur du manteau, on devinait le rythme de ses hanches et la jeunesse de son allure.

L’officier restait en arrière et marchait d’un air distrait, faisant des moulinets avec sa canne, ainsi qu’un promeneur qui flâne.

En cet instant, il n’y avait point d’autres personnes visibles, en cette partie de la rue, qu’elle et lui.

Mais, comme elle venait de traverser l’avenue Marceau, et bien avant que lui-même y parvînt, une automobile qui stationnait le long de l’avenue s’ébranla et se mit à rouler dans le même sens que la jeune femme, tout en gardant un intervalle qui ne se modifiait pas.

C’était un taxi-auto. Et l’officier remarqua deux choses : d’abord, qu’il y avait deux hommes à l’intérieur, et, ensuite, qu’un de ces hommes, dont il put distinguer un moment la figure barrée d’une forte moustache et surmontée d’un feutre gris, se tenait presque constamment penché en dehors de la portière, et s’entretenait avec le chauffeur.

L’infirmière, cependant, marchait sans se retourner. L’officier avait changé de trottoir et hâtait le pas, d’autant plus qu’il lui semblait que l’automobile accélérait sa vitesse, à mesure que la jeune femme approchait du carrefour.

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