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  1. ILE SEIGNEUR DES ÎLES
  2. IIL’INCENDIE
  3. IIILE RENDEZ-VOUS
  4. IVLE LUTIN
  5. VDEUX JEUNES FILLES
  6. VILE RÉVEIL
  7. VIILA PROMENADE
  8. VIIICONSEIL DUCAL
  9. IXCONSEIL ROYAL
  10. XLA SALIÈRE DU ROI
  11. XIOÙ LE FAUCON DE DAME JOSÈPHE MONTRE QU’ON PEUT FAILLIR À TOUT ÂGE
  12. XIIAVANT LA PASSE D’ARMES
  13. XIIICOURONNE PARTAGÉE
  14. XIVCOMMENT FINIT LA PASSE D’ARMES DE SAINT-SULPICE
  15. XVLA COURSE
  16. XVIFRÈRE TOURIER
  17. XVIIPORTE OUVERTE
  18. XVIIILES CHEVALIERS DE SAINT-MICHEL
  19. XIXLE CAVEAU
  20. XXL’ERMITE
  21. XXIL’ÉCHAFAUD
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L’Homme de fer

Paul Féval

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I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
XI.
XII.
XIII.
XIV.
XV.
XVI.
XVII.
XVIII.
XIX.
XX.
XXI.

ILE SEIGNEUR DES ÎLES

« …Le Comte Otto tira son glaive et le plongea dans le cœur du vieillard… »

Un grand murmure accueillit cette conclusion attendue. Messire Olivier, baron d’Harmoy, gardait son sourire tranquille.

De nos jours, une histoire semblable à celle de messire Olivier serait un conte à dormir debout ou bien une légende railleuse. En l’an 1469, c’était un récit tout plein d’émotion et d’actualité.

Il ne faut pas oublier, en effet, que les héros mystérieux et terrible de cette légende, le comte Otto de Béringhem, l’Homme de Fer, vivait à quelques lieues de Pontorson. Il ne faut pas oublier surtout que bien des mères étaient en deuil, depuis que ses soudards tenaient garnison dans les Îles Chaussey.

Ce que le récit de messire Olivier pouvait avoir de fantastique dans la forme disparaissait devant la réalité du fond. Il faisait écho aux terreurs de chaque jour. Le temps et le lien se réunissaient pour augmenter l’impression produite : le temps, c’était l’heure présente ; le lieu, c’était le pays même. N’avait-on pas vu tout à l’heure, dans la plaine, la bannière redoutée du comte Otto flotter au vent, flamboyer au soleil ? Une autre cause d’émotion, et ce n’était pas la moindre, devait être attribuée au conteur lui-même. Personne ne savait au juste, nous l’avons dit déjà, ce qu’était messire Olivier. Beaucoup s’occupaient pourtant du mystère de sa vie. Pendant qu’il poursuivait ce récit, dont la bizarre poésie faisait peur et plaisir à la fois, tous les regards étaient fixés sur lui. Avant l’arrivée des valets porteurs de flambeaux, et tandis que l’ombre allait s’épaississant dans le salon, chacun lui faisait un visage à sa guise. Transfiguré ainsi par l’imagination de ses auditeurs, Olivier, dont la voix sonore vibrait dans la nuit, prenait des formes et surtout des proportions presque surnaturelles.

On avait entendu des dents claquer lorsqu’il s’interrompait, et de longs soupirs soulever les poitrines oppressées. D’où venait-il, cet homme au langage entraînant qui se jouait avec la parole comme les virtuoses provençaux avec la viole ou le rebec ? Et n’avait-il pas joué un rôle dans ce drame impossible ?

L’Homme de Fer l’avait recueilli mourant dans sa galère de plaisance. Il n’avait pas encore dit ses propres aventures dans la cité inconnue d’Hélion.

Elle existait donc, cette ville fantôme, à une heure de chemin de la côte d’Avranches, couverte de barques innombrables ? Et aucune de ces barques n’avait jamais signalé son port ! Mystère !

Mystère ! sans doute, cet être surhumain qui avait ravi à Satan le grand secret, enveloppait d’un voile cabalistique les effrayants arcanes de sa demeure. On passait auprès d’Hélion sans la voir.

Une idée venait à quelques-uns dans le salon du Dayron, une de ces idées qu’on repousse en vain et qui s’obstine. On se disait : « Si le conteur lui même, si cet Olivier, baron d’Harmoy, était… »

Plus d’un frisson courait sous la soie des corsages et même sous l’acier miroitant des cottes de parades. Vous savez, c’était une trinité maudite : L’Homme de Fer, l’Ogre des Îles et ce jouvenceau pâle dont les cheveux noirs bouclaient sur un front d’albâtre.

Le baron Olivier était si pâle ! La plume du corbeau n’était pas plus sombre que ses cheveux.

Depuis le moment où Berthe de Maurever, la noble fille, avait élevé la voix pour défendre l’honneur des vierges bretonnes, madame Reine ne l’avait point quittée. Tant que les hautes fenêtres du salon donnèrent passage aux lueurs du crépuscule, madame Reine avait remarqué l’œil ardent de messire Olivier fixé incessamment sur Berthe. Était-ce rancune ? Berthe restait immobile, les yeux baissés ; dans les demi-ténèbres qui allaient s’obscurcissant de minute en minute, madame Reine crut la voir deux ou trois fois chanceler. Aux dernières paroles de messire Olivier, Berthe porta la main à son cœur et sa tête s’inclina sur sa poitrine.

Madame Reine était une châtelaine de trop d’expérience pour ne point savoir que le serpent fascine à distance le pauvre oiseau condamné. La prose, qui était sa nourriture préférée, ne pouvait la défendre complètement contre le merveilleux qu’on respirait dans l’air à cette époque crédule. Elle frémit en songeant qu’un sort tombait peut-être sur Berthe en ce moment. Son regard se tourna malgré elle vers le fascinateur.

Les porteurs de flambeaux passaient devant messire Olivier, Madame Reine le vit sourire : la flamme de sa prunelle n’allait point à Berthe, ou plutôt elle glissait sur le front vaincu de Berthe et dardait un éclair à Jeannine, qui rougissait et baissait les yeux.

Il est vrai que messire Aubry n’était pas très loin de Jeannine et madame Reine devina que ce n’était pas pour Olivier que Jeannine baissait les yeux.

Certes, elle ne voulait pas de mal à la fille du brave écuyer Jeannin, mais elle se demanda pourquoi le mauvais œil allait à Berthe plutôt qu’à cette petite Jeannine. Le mauvais œil, en allant à Jeannine plutôt qu’à Berthe de Maurever, eût si bien fait les affaires de madame Reine !

Il arriva ce qui toujours arrive : la lumière des flambeaux fit évanouir une bonne partie des spectres qui planaient dans les ténèbres. Chacun voulut cacher son émotion ; les têtes se redressèrent ; les maintiens et les physionomies se composèrent. Les plus braves se sentaient tout prêts à tourner la chose à la raillerie, quitte à reprendre la chair de poule en éteignant la lampe de leur chambre à coucher, cette nuit.

— Merci Dieu ! dit le sire de Landal, voilà un bel exploit que fit ce comte Otto ! Tuer un vieillard de deux cents ans !

— Pour un chevalier, répliqua Olivier sans regarder son interlocuteur, front chauve et barbe blanche font une terrible armure, messire ! le comte Otto s’enorgueillit de ce coup-là plus que de tous ses autres faits d’armes !

Ses yeux noirs, tandis qu’il parlait, avaient une expression de triomphe : le front pâle de Berthe ne se relevait point.

— Madame ma mère, murmura-t-elle en s’adressant à Reine, une goutte d’eau, je vous prie, je me sens défaillir.

Jeannine entendit : elle se précipita pour soutenir son amie. Madame Reine la repoussa ; messire Olivier eut un sourire en voyant les deux jeunes filles, un instant groupées, mêler les boucles brunes et blondes de leurs admirables chevelures.

Berthe ferma les yeux.

— À quoi sont bons tous ces récits extravagants, s’écria madame Reine en colère, sinon à frapper le faible esprit des enfants ! Voici Berthe de Maurever évanouie !

Aubry était jaloux terriblement de cet Olivier. Il eût voulu, lui aussi, faire tomber les dames en pâmoison. On a deux ambitions principales à dix-huit ans : étonner, effrayer. Étonner qui ? Mon Dieux, n’importe : sa mère, ses sœurs, sa cousine. Qui effrayer ! N’importe encore : sa cousine, ses sœurs ou sa mère.

— Eh bien ! demanda-t-on et la fin de l’histoire ?

— Que fit le comte Otto de son vieillard de deux cents ans ?

— Ressuscita-t-il la ville morte ?

Ces questions se croisaient ; messire Olivier gardait le silence : Les dames qui s’empressaient autour de Berthe lui cachaient maintenant les deux jeunes filles.

— Elle rouvre les yeux ! s’écria madame Reine.

Messire Olivier saisit cet instant pour répondre :

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