É assim que a leitura vai ficar.
Messieurs les ronds-de-cuir
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MESSIEURS
LES
RONDS-DE-CUIR
DE
G. COURTELINE
QUINZE AQUARELLES DE
SEM
PARIS
JAVAL ET BOURDEAUX, ÉDITEURS
52, AVENUE VICTOR-HUGO, 52
1927
JUSTIFICATION DU TIRAGE
« MESSIEURS LES RONDS-DE-CUIR » ILLUSTRÉS DE 15 AQUARELLES DE SEM, ONT ÉTÉ TIRÉS A 590 EXEMPLAIRES, COMME SUIT :
15 EXEMPLAIRES SUR JAPON IMPÉRIAL, NUMÉROTÉS DE 1 A 15, CONTENANT EN SUPPLÉMENT UNE SUITE EN NOIR, UN DESSIN ORIGINAL ET LA SIGNATURE DE L’ARTISTE.
15 EXEMPLAIRES SUR JAPON IMPÉRIAL, NUMÉROTÉS EN CHIFFRES ROMAINS DE I A XV, RÉSERVÉS A UN GROUPE DE BIBLIOPHILES INDÉPENDANTS, SIGNÉS PAR L’ARTISTE.
60 EXEMPLAIRES SUR JAPON IMPÉRIAL, NUMÉROTÉS DE 31 A 90, SIGNÉS PAR L’ARTISTE, CONTENANT EN SUPPLÉMENT UNE SUITE SUR JAPON ANCIEN.
150 EXEMPLAIRES SUR VÉLIN D’ARCHES, NUMÉROTÉS DE 91 A 240, CONTENANT EN SUPPLÉMENT UNE SUITE EN NOIR.
350 EXEMPLAIRES SUR VÉLIN D’ARCHES, NUMÉROTÉS DE 241 A 590.
EXEMPLAIRE H. C.
A MON AMI,
A MON MAITRE, A MON BIENFAITEUR
CATULLE MENDÈS
En témoignage d’admiration profonde et d’affection sans bornes.
G. C.
ESSAI DE PARADOXE SUR LE RIRE
Edgar Poe à écrit dans un conte que personne n’a voulu traduire : « Savez-vous qu’à Sparte (qui est aujourd’hui Palaeochori), à l’ouest de la citadelle, parmi un chaos de ruines à peine visibles, émerge un socle où on peut lire les lettres ΛΑΣΜ? C’est évidemment la mutilation de ΓΕΛΑΣΜΑ. Or à Sparte, mille temples et autels étaient consacrés à mille divinités diverses. N’est-il pas étrange que la stèle du RIRE ait survécu à toutes les autres ? »
J’imaginerais volontiers que la lointaine postérité ne retiendra, au milieu des décombres littéraires de notre temps, que deux ou trois excellentes plaisanteries. On ne retrouve plus sur les rives de l’Eurotas cette lourde et lugubre monnaie de fer dont les Lacédémoniens se servaient pesamment. Leurs dieux ont disparu, et il devait y en avoir de fort célèbres. Sans doute, les offrandes que les Doriens firent au dieu Rire étaient payées avec ces pièces graves. Semblablement de quelle grosse monnaie de romans aurons-nous acheté les petits livres qui émergeront peut-être de notre océan de papier noirci. Quand les dieux septentrionaux se seront écroulés, quelques milliers d’années après les dieux de Grèce et d’Italie, on ne retirera même pas de nos ruines le socle du dieu Rire, et il faudra s’en aller en Chine pour admirer l’idole en bois de la Miséricorde.
Le rire est probablement destiné à disparaître. On ne voit pas bien pourquoi entre tant d’espèces animales éteintes, le tic de l’une d’elles persisterait. Cette grossière preuve physique du sens qu’on a d’une certaine inharmonie dans le monde devra s’effacer devant le scepticisme complet, la science absolue, la pitié générale et le respect de toutes choses.
Rire, c’est se laisser surprendre par une négligence des lois : on croyait donc à l’ordre universel et à une magnifique hiérarchie de causes finales ? Et quand on aura attaché toutes les anomalies à un mécanisme cosmique, les hommes ne riront plus. On ne peut rire que des individus. Les idées générales n’affectent pas la glotte.
Rire, c’est se sentir supérieur. Quand nous ferons à genoux, dans les carrefours, des confessions publiques, quand nous nous humilierons pour mieux pouvoir aimer, le grotesque sera au-dessus de nous. Et ceux qui auront apprécié l’identique valeur, en dehors de toute relativité, de leur moi et d’une cellule composante ou solitaire, sans comprendre les choses, les respecteront. La reconnaissance de l’égalité entre tous les individus de l’univers ne fera pas hausser les lèvres sur les canines.
Voici comment on pourra interpréter dans ce temps un jeu aboli du visage :
« Cette espèce de contraction des muscles zygomatiques était le propre de l’homme. Elle lui servait à indiquer en même temps son peu d’intelligence pour le système du monde et sa persuasion qu’il était supérieur au reste. »
La religion, la science et le scepticisme du temps futur, ne contiendront qu’une faible partie de nos pénibles idées sur ces matières. Il est certain toutefois que la contraction des muscles zygomatiques n’y aura point de place. J’aimerais donc à désigner à ceux qui s’éprendront des choses d’autrefois l’œuvre qui excita dans notre époque barbare la plus grande somme de ce rire disparu. Je sais qu’on s’étonnera de la bouche convulsée, des yeux larmoyants, des épaules secouées, du ventre saccadé, ainsi que nous nous étonnons nous-mêmes pour les singuliers usages des premiers hommes ; mais je supplie les personnes éclairées de réfléchir au grand intérêt que présente un document historique, de quelque ordre qu’il soit.
Quand le rire, donc, aura disparu, on en trouvera une représentation complète dans les œuvres de Georges Courteline, et en particulier dans ses livres : Le Train de 8 h. 47, Potiron, Lidoire et la Biscotte, Boubouroche, Les Ronds-de-Cuir.
Cette représentation du rire sera complète, car elle unit le comique des anciens à la variété d’hilarité qui fut spéciale au dix-neuvième siècle.
Nous ne savons pas depuis quand l’incohérence dans la vision des choses amenée par la confusion du langage ou de l’intelligence, excite la gaieté des hommes.
Avant l’ère chrétienne déjà, le Carthaginois de Plaute réjouissait le public quand les deux Romains jugeaient par son baragouin Me barbocca qu’il devait se plaindre d’avoir mal à la bouche. Il n’est pas moins plaisant d’entendre Piégelé, dans le rôle de Roland, répéter : Salut aux nez creux, lorsqu’on lui souffle : Salut, ô mes preux. La farce des deux esclaves qui interprètent un oracle inintelligible dans les Chevaliers, d’Aristophane, n’est pas très différente de celle des deux dragons qui examinent sur le quai d’Orsay l’obscur problème du numéro 26, où demeure Marabout. Le père Soupe fait cuire son chocolat, se lave les pieds, va accomplir ses petits besoins avec l’innocente naïveté de Strepsiade, et raisonne un peu comme lui.
Cependant la distinction essentiellement moderne entre le sujet et l’objet nous permet un rire particulier. Le dialogue qu’imaginait Ésope entre un renard et un masque de théâtre n’était pas comique. On pouvait supposer, même avec mélancolie, que des pierres et des arbres suivaient un musicien qui jouait de la lyre. Mais les gens du dix-neuvième siècle rient du Jack, de Mark Twain, qui attend sous un soleil brûlant qu’une tortue de Palestine veuille bien se mettre à chanter. Ils rient encore si Courteline leur raconte qu’un fou essaie de faire de mauvaises plaisanteries à des fromages mous. Ils rient toujours du récit suivant :
Voyage aux îles Bermudes. — Aux îles Bermudes on ne trouve pas d’insecte ou de quadrupède digne d’être mentionné. Les habitants prétendent que leurs araignées sont grandes. Je n’en ai pas vu qui dépassât les dimensions d’une assiette à soupe ordinaire. — Un matin, le révérend L… qui voyageait avec moi entra dans ma chambre, une bottine à la main.
— Cette bottine est à vous ? dit-il.
— Oui, répondis-je.
— J’en suis heureux, reprit-il. Figurez-vous que je viens de rencontrer une araignée qui l’emportait.
Le lendemain, au point du jour, cette même araignée soulevait ma fenêtre à tabatière afin de venir prendre ma chemise.
— Elle a emporté votre chemise ?
— Non.
— Comment avez-vous pu voir qu’elle venait l’emporter ?
— Je l’ai vu dans son œil.
voltando para onde você parou…
carregando o resto…