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  1. PREMIÈRE PARTIE
  2. EN MER
  3. LIVRE PREMIER
  4. LE BOIS DE LA SAUDRAIE
  5. LIVRE DEUXIÈME
  6. LA CORVETTE CLAYMORE
  7. I. ANGLETERRE ET FRANCE MÊLÉES
  8. II. NUIT SUR LE NAVIRE ET SUR LE PASSAGER
  9. III. NOBLESSE ET ROTURE MÊLÉES
  10. IV. TORMENTUM BELLI
  11. V. VIS ET VIR
  12. VI. LES DEUX PLATEAUX DE LA BALANCE
  13. VII. QUI MET A LA VOILE MET A LA LOTERIE
  14. VIII. 9 = 380
  15. IX. QUELQU'UN ÉCHAPPE
  16. X. ÉCHAPPE-T-IL?
  17. LIVRE TROISIÈME
  18. HALMALO
  19. I. LA PAROLE, C'EST LE VERBE
  20. II. MÉMOIRE DE PAYSAN VAUT SCIENCE DE CAPITAINE
  21. LIVRE QUATRIÈME
  22. TELLMARCH
  23. I. LE HAUT DE LA DUNE
  24. II. AURES HABET. ET NON AUDIET
  25. III. UTILITÉ DES GROS CARACTÈRES
  26. RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, UNE ET INDIVISIBLE.
  27. «PRIEUR DE LA MARNE.»
  28. IV. LE CAIMAND
  29. V. SIGNÉ GAUVAIN
  30. VI. LES PÉRIPÉTIES DE LA GUERRE CIVILE
  31. VII. PAS DE GRACE (MOT D'ORDRE DE LA COMMUNE) PAS DE QUARTIER (MOT D'ORDRE DES PRINCES)
  32. DEUXIÈME PARTIE
  33. A PARIS
  34. LIVRE PREMIER
  35. CIMOURDAIN
  36. I. LES RUES DE PARIS DANS CE TEMPS-LA
  37. II. CIMOURDAIN
  38. III. UN COIN NON TREMPÉ DANS LE STYX
  39. LIVRE DEUXIÈME
  40. LE CABARET DE LA RUE DE PAON
  41. I. MINOS, ÉAQUE ET RADAMANTE
  42. II. MAGNA TESTANTUR VOCE PER UMBRAS
  43. III. TRESSAILLEMENT DES FIBRES PROFONDES
  44. AN II DE LA RÉPUBLIQUE
  45. «ROBESPIERRE.—DANTON.—MARAT.»
  46. LIVRE TROISIÈME
  47. LA CONVENTION
  48. I. LA CONVENTION
  49. II. MARAT DANS LA COULISSE
  50. TROISIÈME PARTIE
  51. EN VENDÉE
  52. LIVRE PREMIER
  53. LA VENDÉE
  54. I. LES FORÊTS
  55. II. LES HOMMES
  56. III. CONNIVENCE DES HOMMES ET DES FORÊTS
  57. IV. LEUR VIE SOUS TERRE
  58. V. LEUR VIE EN GUERRE
  59. VI. L'AME DE LA TERRE PASSE DANS L'HOMME
  60. VII. LA VENDÉE A FINI LA BRETAGNE
  61. LIVRE DEUXIÈME
  62. LES TROIS ENFANTS
  63. I. PLUS QUAM CIVILIA BELLA
  64. II. DOL
  65. III. PETITES ARMÉES ET GRANDES BATAILLES
  66. IV. C'EST LA SECONDE FOIS
  67. V. LA GOUTTE D'EAU FROIDE
  68. VI. SEIN GUÉRI, CUR SAIGNANT
  69. VII. LES DEUX POLES DU VRAI
  70. VIII. DOLOROSA
  71. IX. UNE BASTILLE DE PROVINCE
  72. X. LES OTAGES
  73. XI. AFFREUX COMME L'ANTIQUE
  74. XII. LE SAUVETAGE S'EBAUCHE
  75. XIII. CE QUE FAIT LE MARQUIS
  76. XIV. CE QUE FAIT L'IMANUS
  77. LIVRE TROISIEME
  78. LE MASSACRE DE SAINT-BARTHELEMY
  79. LIVRE QUATRIÈME
  80. LA MÈRE
  81. I. LA MORT PASSE
  82. II. LA MORT PARLE
  83. III. BOURDONNEMENT DE PAYSANS
  84. IV. UNE MEPRISE
  85. V. VOX IN DESERTO
  86. VI. SITUATION
  87. VII. PRÉLIMINAIRES
  88. VIII. LE VERBE ET LE RUGISSEMENT
  89. IX. TITANS CONTRE GÉANTS
  90. X. RADOUB
  91. XI. LES DÉSESPÉRÉS
  92. XII. SAUVEUR
  93. XIII. BOURREAU
  94. XIV. L'IMANUS AUSSI S'EVADE
  95. LANTENAC.
  96. XV. NE PAS METTRE DANS LA MÊME POCHE UNE MONTRE ET UNE CLEF
  97. LIVRE CINQUIEME
  98. IN DAEMONE DEUS
  99. I. TROUVÉS, MAIS PERDUS
  100. II. DE LA PORTE DE PIERRE A LA PORTE DE FER
  101. III. OU L'ON VOIT SE REVEILLER LES ENFANTS QU'ON A VUS SE RENDORMIR
  102. LIVRE SIXIEME
  103. C'EST APRES LA VICTOIRE QU'A LIEU LE COMBAT
  104. I. LANTENAC PRIS
  105. II. GAUVAIN PENSIF
  106. III. LE CAPUCHON DU CHEF
  107. LIVRE SEPTIÈME
  108. FÉODALITÉ ET RÉVOLUTION
  109. I. L'ANCÊTRE
  110. II. LA COUR MARTIALE
  111. III. LES VOTES
  112. IV. APRÈS CIMOURDAIN JUGE, CIMOURDAIN MAITRE
  113. V. LE CACHOT
  114. VI. CEPENDANT LE SOLEIL SE LÈVE
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Quatrevingt-Treize

Victor Hugo

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PREMIÈRE PARTIE

EN MER

LIVRE PREMIER

LE BOIS DE LA SAUDRAIE

Dans les derniers jours de mai 1793, un des bataillons parisiens amenés en Bretagne par Santerre fouillait le redoutable bois de la Saudraie en Astillé. On n'était pas plus de trois cents, car le bataillon était décimé par cette rude guerre. C'était l'époque où, après l'Argonne, Jemmapes et Valmy, du premier bataillon de Paris, qui était de six cents volontaires, il restait vingt-sept hommes, du deuxième trente-trois, et du troisième cinquante-sept. Temps des luttes épiques.

Les bataillons envoyés de Paris en Vendée comptaient neuf cent douze hommes. Chaque bataillon avait trois pièces de canon. Ils avaient été rapidement mis sur pied. Le 25 avril, Gohier étant ministre de la justice et Bouchotte étant ministre de la guerre, la section du Bon-Conseil avait proposé d'envoyer des bataillons de volontaires en Vendée; le membre de la commune Lubin avait fait le rapport; le 1er mai, Santerre était prêt à faire partir douze mille soldats, trente pièces de campagne et un bataillon de canonniers. Ces bataillons, faits si vite, furent si bien faits, qu'ils servent aujourd'hui de modèles; c'est d'après leur mode de composition qu'on forme les compagnies de ligne, ils ont changé l'ancienne proportion entre le nombre des soldats et le nombre des sous-officiers.

Le 28 avril, la commune de Paris avait donné aux volontaires de Santerre cette consigne: Point de grâce. Point de quartier. A la fin de mai, sur les douze mille partis de Paris, huit mille étaient morts.

Le bataillon engagé dans le bois de la Saudraie se tenait sur ses gardes. On ne se hâtait point. On regardait à la fois à droite et à gauche, devant soi et derrière soi; Kléber a dit: Le soldat a un oeil dans le dos. Il y avait longtemps qu'on marchait. Quelle heure pouvait-il être? à quel moment du jour en était-on? Il eût été difficile de le dire, car il y a toujours une sorte de soir dans de si sauvages halliers, et il ne fait jamais clair dans ce bois-là.

Le bois de la Saudraie était tragique. C'était dans ce taillis que, dès le mois de novembre 1792, la guerre civile avait commencé ses crimes; Mousqueton, le boiteux féroce, était sorti de ces épaisseurs funestes; la quantité de meurtres qui s'étaient commis là faisait dresser les cheveux. Pas de lieu plus épouvantable. Les soldats s'y enfonçaient avec précaution. Tout était plein de fleurs; on avait autour de soi une tremblante muraille de branches d'où tombait la charmante fraîcheur des feuilles; des rayons de soleil trouaient çà et là ces ténèbres vertes; à terre, le glaïeul, la flambe des marais, le narcisse des prés, la gênotte, cette petite fleur qui annonce le beau temps, le safran printanier, brodaient et passementaient un profond tapis de végétation où fourmillaient toutes les formes de la mousse, depuis celle qui ressemble à la chenille jusqu'à celle qui ressemble à l'étoile. Les soldats avançaient pas à pas, en silence, en écartant doucement les broussailles. Les oiseaux gazouillaient au-dessus des bayonnettes.

La Saudraie était un de ces halliers où jadis, dans les temps paisibles, on avait fait la Houiche-ba, qui est la chasse aux oiseaux pendant la nuit; maintenant on y faisait la chasse aux hommes.

Le taillis était tout de bouleaux, de hêtres et de chênes; le sol plat; la mousse et l'herbe épaisse amortissaient le bruit des hommes en marche; aucun sentier, ou des sentiers tout de suite perdus; des houx, des prunelliers sauvages, des fougères, des haies d'arrête-boeuf, de hautes ronces; impossibilité de voir un homme à dix pas. Par instants passait dans le branchage un héron ou une poule d'eau indiquant le voisinage des marais.

On marchait. On allait à l'aventure, avec inquiétude, et en craignant de trouver ce qu'on cherchait.

De temps en temps on rencontrait des traces de campements, des places brûlées, des herbes foulées, des bâtons en croix, des branches sanglantes. Là on avait fait la soupe, là on avait dit la messe, là on avait pansé des blessés. Mais ceux qui avaient passé avaient disparu. Où étaient-ils? Bien loin peut-être? peut-être là tout près, cachés, l'espingole au poing? Le bois semblait désert. Le bataillon redoublait de prudence. Solitude, donc défiance. On ne voyait personne; raison de plus pour redouter quelqu'un. On avait affaire à une forêt mal famée.

Une embuscade était probable.

Trente grenadiers, détachés en éclaireurs, et commandés par un sergent, marchaient en avant à une assez grande distance du gros de la troupe. La vivandière du bataillon les accompagnait. Les vivandières se joignent volontiers aux avant-gardes. On court des dangers, mais on va voir quelque chose. La curiosité est une des formes de la bravoure féminine.

Tout à coup les soldats de cette petite troupe d'avant-garde eurent ce tressaillement connu des chasseurs qui indique qu'on touche au gîte. On avait entendu comme un souffle au centre d'un fourré, et il semblait qu'on venait de voir un mouvement dans les feuilles. Les soldats se firent signe.

Dans l'espèce de guet et de quête confiée aux éclaireurs, les officiers n'ont pas besoin de s'en mêler; ce qui doit être fait se fait de soi-même.

En moins d'une minute le point où l'on avait remué fut cerné, un cercle de fusils braqués l'entoura; le centre obscur du hallier fut couché en joue de tous les côtés à la fois, et les soldats, le doigt sur la détente, l'oeil sur le lieu suspect, n'attendirent plus pour le mitrailler que le commandement du sergent.

Cependant la vivandière s'était hasardée à regarder à travers les broussailles, et, au moment où le sergent allait crier: Feu! cette femme cria: Halte!

Et se tournant vers les soldats:—Ne tirez pas, camarades!

Et elle se précipita dans le taillis. On l'y suivit.

Il y avait quelqu'un là en effet.

Au plus épais du fourré, au bord d'une de ces petites clairières rondes que font dans les bois les fourneaux à charbon en brûlant les racines des arbres, dans une sorte de trou de branches, espèce de chambre de feuillage, entr'ouverte comme une alcôve, une femme était assise sur la mousse, ayant au sein un enfant qui tétait et sur ses genoux les deux têtes blondes de deux enfants endormis.

C'était là l'embuscade.

—Qu'est-ce que vous faites ici, vous? cria la vivandière.

La femme leva la tête.

La vivandière ajouta, furieuse:

—Etes-vous folle d'être là!

Et elle reprit:

—Un peu plus, vous étiez exterminée!

Et, s'adressant aux soldats, la vivandière ajouta:

—C'est une femme.

—Pardine, nous le voyons bien! dit un grenadier.

La vivandière poursuivit:

—Venir dans les bois se faire massacrer! a-t-on idée de faire des bêtises comme ça!

La femme stupéfaite, effarée, pétrifiée, regardait autour d'elle, comme à travers un rêve, ces fusils, ces sabres, ces bayonnettes, ces faces farouches.

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Quatrevingt-Treize von Victor Hugo. Der Text ist in den USA gemeinfrei, digitalisiert von den Freiwilligen von Project Gutenberg. Wir liefern ihn aus unserer eigenen Kopie aus.

Gesprochen von Bidou für LibriVox, ebenfalls gemeinfrei.

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